Artistes à Montpellier, quel avenir ?

Annulation des festivals, fermeture des clubs et salles de concert, reconfinement puis couvre-feu… Nombreux sont les obstacles sur le chemin des artistes émergents qui font vivre la scène électro à Montpellier.

3VTR , TEUS et Zöta ont répondu à nos questions.

Comment ça va ?

3VTR : Ça va bien. C’est dur d’être actif et motivé cette année, mais je ne suis pas à plaindre à côté de certains.

TEUS : Hello Your DJ !! Ecoute ça peut aller. Avec cette situation actuelle très particulière on se pose beaucoup de questions sur notre avenir, beaucoup de remises en doute sur nous même, notre méthode de vie, de fonctionnement. Puis on essaie de relativiser, on se dit que ça pourrait être pire que ça et que ça ne va pas durer.
Comme beaucoup de gens, j’ai eu beaucoup de changements dans ma vie ces derniers temps, qui ne me déplaisent pas tous totalement mais je ressens comme un manque, un vide. Comme si on m’avait privé de quelque chose.

ZÖTA : On fait aller. Honnêtement, 9 mois après le début du premier confinement, ça commence à faire long cette histoire. Et on en voit toujours pas le bout.

Concrètement, depuis le début de la pandémie, comment ça se passe pour vous ?

3VTR : Sur le plan pro, j’ai du taf donc je m’en sors bien. Et sur le plan personnel, je me suis fait un emploi du temps très serré pour préparer 2021. J’ai l’impression que c’est le seul moyen de ne pas broyer du noir, il faut continuer ses projets comme si tout allait redémarrer l’été prochain. Bref, je produis un maximum de titres pour sortir une trilogie d’EP début 2021, et je me suis lancé le défi de sortir 55 sons cette année donc je ne m’ennuie pas.
Les lives me manquent beaucoup par contre, comme tout le monde. Se retrouver avec des potes devant du son, c’est presque vital.

TEUS : Concrètement, je m’en sors relativement bien. Un confinement compliqué financièrement parlant, puisque je ne touchais plus rien mais j’avais la chance d’être logé chez ma famille, donc j’étais bien entouré. Je m’occupais comme je pouvais : j’ai pris le temps de faire des choses que je n’avais pas pris le temps de faire depuis longtemps, je faisais du sport, de la cuisine, du bricolage, des apéros et de la prod ! Sans parler de mes 12 heures de mix en live stream qui m’ont, quand même, pris quelques jours de préparation (et de récup) !
Après le confinement, j’ai dû chercher un nouvel emploi (dans un autre secteur bien-sûr) pour rebondir et j’ai eu la chance de trouver un superbe emploi, que je n’aurais jamais imaginé faire un jour mais qui finalement me plait énormément.

ZÖTA : Je suis loin d’être le plus à plaindre. Je travaille dans une radio associative, Radio Campus Montpellier, j’ai donc la chance d’avoir du boulot, même si en ce moment tout est au ralenti. Le live et la scène n’est pas ce qui me fait vivre, c’est plus une passion qu’un travail, même si ça me permettait d’arrondir les fins de mois. Mais, autant au niveau professionnel qu’au niveau personnel, je ressens une vraie lassitude. On nous a enlevé en quelques mois des libertés que je pensais intouchables, et le pire c’est qu’on a l’air de commencer à s’y habituer. Parfois je me demande même si certains n’y trouvent pas leur compte.

Avez-vous eu des dates depuis le confinement ?

3VTR : A côté de l’avant confinement, quasiment rien. A partir de mars, presque tout a été annulé petit à petit, jusqu’à maintenant. Mais j’ai quand même eu la chance de jouer à l’Exo Sound en plein été entre Toulouse et Montpellier, pour un Live sur deux gros sound systems. C’était un week-end mémorable, et en plus légal, donc on a pu souffler.

TEUS : J’ai quand même eu la chance de faire pas mal de dates cet été. J’avais au moins un événement par semaine de juin à mi-septembre, donc ça a été plutôt satisfaisant pour moi à ce niveau, sachant que je travaillais à côté du lundi au vendredi, c’était déjà un bon rythme. Cependant c’était uniquement des dates locales ou privées, toutes mes dates extérieures ont été annulées ou reportées comme le festival « les Déferlantes » à Argelès-sur-Mer, le festival « BPM » à Nantes ainsi que des dates à Toulouse, à Marseille et même à Chamonix.
Au niveau des conditions règlementaires des évents, ça à été dégressif pour revenir en flèche à la fin de l’été. Après le confinement, nous avons mis beaucoup de choses en place pour que l’on puisse faire des events en respectant les règles sanitaires : port du masque en intérieur, distanciations sociales, limitation du nombre de personnes autour d’une table, etc… Les règles ont ensuite commencé à s’assouplir au début de l’été, on avait presque récupéré notre « liberté ». Et malheureusement dès le mois d’août, tout à re-basculé. Les restrictions ont commencé à se rétablir de plus belle, jusqu’à la fermeture totale des bars et de tout type d’évènements musicaux fin septembre.

ZÖTA : Toutes mes dates depuis mars ont été annulées, les unes après les autres. J’ai juste pu jouer dans quelques free partys cet été, ou dans des soirées « privées », des disquaires…

Avez-vous essayé de rester en contact avec votre public pendant le confinement ?

3VTR : Pendant le confinement en lui-même, j’ai plutôt réorganisé mon temps pour essayer de profiter de cette période calme, pour améliorer mon mixage et mon matos, pour monter des projets… J’ai sorti quelques sons orientés Melodic Techno, mais aussi des vidéos de freestyles avec des rappeurs de Montpellier par exemple. On s’est adapté et on a essayé de faire quelque chose de nouveau et sans prise de tête, ça a bien marché. Depuis, j’ai sorti un livestream avec vous (disponible ICI) et je me suis mis à faire des concours entre plusieurs de mes morceaux, régulièrement, pour décider des meilleurs titres qui seront finalisés dans mes prochains EP. Ça se passe sur mon groupe Facebook, ça me permet de dévoiler un peu plus ce que je fais tout en ayant des retours, comme après mes concerts.

3VTR Live Set 

TEUS : Pendant le premier confinement oui, j’essayais de rester actif sur mes différents réseaux sociaux, de continuer à partager des choses, j’ai réalisé un live stream de 12 heures et je sortais quelques productions en téléchargement libre, etc… Mais je restais surtout actif avec mon plus beau public : ma famille.

En revanche, depuis ce deuxième confinement je le suis beaucoup moins, voire pas du tout. Je me concentre sur mon emménagement, sur mon emploi, et mon investissement d’avenir. Je prépare quand même quelques surprises pour très prochainement, ne vous inquiétez pas. Je reviens très vite !

ZÖTA : J’ai fait pas mal de production lors du premier confinement. J’ai posté quelques extraits sur les réseaux, mais pas plus qu’habituellement. J’ai surtout bossé sur mon EP qui sort en février sur le tout nouveau label montpelliérain Yaz Records. J’ai également fait quelques mixs en direct à la radio.

Quelles ont été les conséquences directes de la fermeture des clubs d’un point de vue financier ?

3VTR : Plus de cachets pour beaucoup. Et je pense qu’on ne réalise pas encore la claque que tout le domaine de la culture se prend. Des gens se sont trouvé un taf, d’autres ont le statut d’intermittent, mais c’est globalement compliqué pour tout le monde. La culture ne va pas mourir, mais la situation est alarmante.

TEUS : Clairement, je ne peux pas me plaindre sur mon sort à ce niveau là, ce serait hypocrite de ma part sachant que les vrais impactés dans l’histoire sont les patrons des clubs, qui ont aujourd’hui perdu une partie de leur vie, voire la totalité pour certains. C’est très dur de voir que dans un pays comme le nôtre, qui se dit fraternel, qu’aucune aide, qu’aucun soutien n’est apporté de l’Etat à ces acteurs de la vie nocturne qui font partie, eux aussi, de la culture et de l’économie. J’ai énormément peur pour leur avenir et celui de la nuit.

(Teus à la WonderDay OpenAir @ Le Cloud)

ZÖTA : Personnellement je pense que je dépense bien plus dans les clubs que je n’y gagne, on ne peut pas parler de véritables pertes financières pour moi. Les conséquences ont plutôt été psychologiques. Quand tu sors en club, en festival ou en free depuis des années et que d’un coup on t’enlève tout ça, c’est vraiment difficile à accepter. Le dancefloor c’est un lieu d’échange, de rencontres, un défouloir. J’aime participer à la réalisation de toutes ces soirées, donner un coup de main sur l’organisation et la logistique, partager ma musique… Ça fait pas loin de 15 ans que c’est le fil conducteur de ma vie, ça m’a permis de rencontrer des amis, de voyager… C’est toutes ces choses qui me manquent.

Avez-vous eu des aides de l’Etat ?

3VTR : Non, je n’ai pas fait de demande.

TEUS : Malheureusement non, n’ayant pas le statut intermittent du spectacle, je n’ai eu aucune aide de l’État. Et j’ai pas été chercher plus loin, je pense que d’autre personnes en avaient plus besoin que moi.

ZÖTA : Non, aucune.

Aujourd’hui, pouvez-vous (toujours) vivre de la musique ?

3VTR : Aujourd’hui, ça me parait impossible de vivre de la musique comme je l’entends.

TEUS : Clairement non. Je pense qu’au vu de la situation actuelle, à part vendre son *** sur le net, ou sortir un « Banger » par mois, c’est très difficile de vivre de la musique, surtout dans le milieu underground. La scène est la plus grande partie de la rémunération d’un artiste/musicien, si on nous enlève ça, ça devient très compliqué.

ZÖTA : Je ne vis pas de la musique, je vis du son – grâce à la radio. Mais on est très limités par toutes les mesures. On a dû se mettre au télétravail car c’est impossible de faire venir des groupes en live, de recevoir nos animateurs et nos invités… A peu près tous les projets depuis mars sont tombés à l’eau. Nous allons avoir d’importantes pertes financières, que nous commencerons à sentir l’année prochaine. De plus, toute la programmation est chamboulée. Nous devons terminer nos directs plus tôt à cause du couvre-feu, c’est un vrai crève-cœur, d’autant plus qu’on n’accueille pas de public. La radio en télétravail n’a pour moi aucun sens : c’est le studio et le côté « lieu de vie » qui font tout l’intérêt de ce travail.

Comment envisagez-vous l’avenir ? 

3VTR : Je suis plutôt pessimiste à court terme, mais j’espère encore que de belles choses vont naître de 2020. Que ce soit pour la musique, la société… C’est une période pleine d’incertitudes, c’est sûr. Ça va encore être long mais on va s’en sortir. On lâche rien !

TEUS : C’est très flou. Beaucoup de peur et de doute que je ne préfère même pas y penser. Mais clairement, beaucoup de choses vont changer, c’est sûr !

ZÖTA : Je préfère rester optimiste et me dire que ça ne pourra pas durer. Une fois que le vaccin sera opérationnel, ils ne pourront plus nous empêcher de vivre. J’espère que cette paranoïa ambiante disparaîtra vite et qu’on retrouvera nos habitudes d’avant. Il ne faut pas que tout ça nous éloigne les uns des autres, la fracture est déjà assez importante. J’espère aussi qu’on saura en tirer du positif, et surtout ne plus jamais avoir à mettre un masque de ma vie.

Le mot de la fin, comment peut-on vous soutenir ?

3VTR : Continuez d’écouter ce qu’on fait, partagez ce que vous aimez ! C’est le moment de chiner des sons, plus que jamais. Soutenez comme vous pouvez la culture, elle en a besoin.
TEUS : Ne pas désespérer et continuer à y croire, à écouter, à partager. Tout simplement être solidaire. Nous sommes des acteurs de la culture, et c’est ensemble que nous la ferons revivre. Même s’il faut se battre !

ZÖTA : Dès que ça sera possible, allez soutenir les artistes, les organisateurs, les petits collectifs alternatifs. Beaucoup ont énormément souffert de cette situation. Ils vous ont offert beaucoup de bonheur avant et pendant cette crise – ça sera le moment de leur rendre la pareille.

Retrouvez
3TVRTEUS, et ZÖTA sur Soundcloud.

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Haroldhttp://www.yourdj.fr
Président fondateur de l'association YourDJ

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